21/07/2013

Je lui fais confiance

La première idée c'était une maison peinte à la chaux, la petite Gaspar House de Campo Baeza dont tu rêvais avec moi. Une espèce de cube blanc traversé de lumière, silencieux, posé l'air de rien sur un jardin de cactus et de palmiers. Un jour je l'aurai cette maison avec mes meilleurs amis comme voisins, je me dis. Chaque chose en son temps. Rien ne presse. Ensuite j'ai changé mon fusil d'épaule. J'ai eu des vues sur un appartement assez grand pour y tenir deux chambres d'hôtes. J'ai même fait des plans. Il y avait beaucoup de travaux. Quelques mètres carrés sur les toits de l'opulente et suffocante Séville, décor d'opéra qui a fait chavirer nos cœurs, ce décor où la vie continue sans toi, Roméo. Ton père dont je suis un peu devenu le fils m'a dit que c'était un taudis, une vraie merde, donc je n'ai pas insisté. Je lui fais confiance. Finalement, après avoir laissé le temps me porter conseil, l’investissement s’est fait dans un curieux volume aux allures de petite galerie d'art avec un patio couvert, un truc monacal, vers l'Alameda. Je le peins dans une teinte de sucre, rose blanchâtre rompu par deux gris, ardoise et Trianon. Un truc français. Ce sera doux surtout, ça nuancera l'aspect industriel. Et puis t'aimais bien les couleurs de gourmandises. J'y aurai un jardin d'hiver, une mini jungle. On y fera des siestes. La nature est ce qui me rapproche de toi. Jamais je n'aurais pensé avoir mon chez moi sans toi. Je te le dis souvent.

Je nous voyais nous croire jeunes toute la vie dans notre bel intérieur, optimistes et fidèles à la Vierge, à nos idoles, investir dans des équipements de sport dont on n'aurait jamais fait le moindre usage, dans une belle cuisine avec des casseroles rutilantes –ça oui. Je nous voyais comme ça mon amour. J'imaginais deux petits croulants au soleil, paresseux, amoureux platoniques avec de temps en temps un voyage au Maroc, notre pays préféré. Je nous voyais vivre longtemps et vieux, mentir un peu sur notre âge, rire de tout parce que toi et moi on riait beaucoup et que l'amour, en fin de compte, se résume à rire ensemble, rire aussi du quotidien, des manies, des rides, de l’arthrose et des varices, d’Alzheimer, des pilules, du cancer, rire de ses genoux cagneux, de son cul fripé et son ventre mou, de ne plus pouvoir bander, de l’incontinence. Rire de tout jusqu'à la mort. Rire de la mort surtout, cette curiosité, ce poste-frontière que tu as franchi trop tôt. Je nous voyais rejoindre l’au-delà main dans la main mon cœur. Comme toujours j'avais tout imaginé, mais pas tout prévu.



Me fío de él

La primera idea fue una casa con fachadas encaladas. La pequeña Casa Gaspar de Campo Baeza de la que estábamos soñando. Una especie de cubo blanco inundado de luz y de silencio, ubicado con discreción en un jardín de palmeras y cactáceas. Algún día la tendré, esa casa, construida al lado de la de mis amigos, me imagino. Cada cosa a su tiempo. No hay prisa. Luego cambié de idea. Me entraron ganas de comprar un piso con la suficiente superficie para tener dos habitaciones de huéspedes. Llegué a diseñar el plan. Había que reformarlo todo. Unos metros cuadrados con vista a la sofocante y opulenta Sevilla, el decorado de ópera del que nos enamoramos, ese decorado donde hay que seguir viviendo sin ti, Roméo. Tu padre que ahora me considera como su hijo me dijo que era una mierda de piso, que no merecía la pena, y no insistí. Me fío de él. Al final, después de haberle dado muchas vueltas a la cosa, me compré un volumen extraño, algo parecido a una galería de arte con un patio cubierto donde se podría vivir como un monje, cerca de la Alameda. Lo estoy pintando de un color azucarado, blanco rosado roto por dos grises, pizarra y Trianon. Al estilo francés. Quedará suave, matizará un poco el aspecto industrial. Te gustaban los colores de dulces y golosinas. Tendré un pequeño invernadero, una mini selva. Allí nos pegaremos unas siestas. Mirando la naturaleza te siento a mi lado. Nunca pensé tener mi casa sin ti. Te lo digo todo el tiempo.

Me veía envejecer contigo y creernos jóvenes para siempre en un interior cuidado, optimistas y fieles a la Virgen, a nuestros ídolos, seguir invirtiendo dinero en maquinas de gimnasio sin jamás usarlas, en una cocina estupenda con cacerolas rutilantes –eso sí. Así nos veía mi amor. Me imaginaba dos viejecitos quemados por el sol, flojos y perezosos, enamorados platónicos, viajando a Marruecos de vez en cuando, nuestro país favorito. Pensaba que íbamos a vivir juntos mucho más años, mintiendo sobre nuestra edad, reírnos de todo porque tú y yo nos reíamos mucho y que el amor, al fin y al cabo, consiste en reírse juntos, acabar riéndose de la cotidianidad, de la manías, de las arrugas, de la artrosis y de las varices, de Alzheimer, de las pastillas, del cáncer, riendo de sus rodillas torcidas, de su tripa y de su culo blando, de no poder empalmarse, de la incontinencia. Reírse de todo hasta la muerte. Reírse de la muerte sobretodo, esa curiosidad, esa zona fronteriza que atravesaste demasiado pronto. Me veía hacer el último viaje contigo, corazón. Como siempre lo tenía todo pensado, sin haber previsto todo.

27/01/2013

La porte claqua violemment

On ne s’était pas levés tard et je t’avais appris, inopinément, la fin tragique de Whitney Houston la veille au soir, la belle Whitney que la rumeur disait victime d’une overdose dans une baignoire d’hôtel Hilton à Los Angeles. J’étais affecté, même si jamais je ne l’avais portée aux nues. Je ne l’écoutais pas car il me semblait dommage d’employer une voix si juste sur de la chanson à l’eau de rose. En fin de matinée nous avions sympathisé avec des clients américains et leur fille, espagnole d’adoption, des gens très gentils de Caroline du Nord si ma mémoire est bonne. Dans un anglais boiteux mais bavards, on s’était régalés. Je t’aimais bien plus que ne l’imaginais quand tu baragouinais en anglais. On avait vendu les charmes de Cadix à nos visiteurs ébahis, et dans cet exercice tu n’avais pas d’égal. Je t’aimais, je t’admirais.
Après le déjeuner avec Anna et ses amis italiens, vers dix-sept heures, ton cœur cessa de fonctionner normalement mais on ne le savait pas encore. Dans la pénombre tiède de la chambre tu te couchas préoccupé, affaibli par ce que l’on pensait être une digestion difficile. Très rapidement, la douleur devint violente. Ton besoin de vomir persista. A ta demande, je pressai un jus de citron. Je revins à ton chevet et là, te vis tordu de douleur. On appela le médecin en France mais il ne nous dit rien de précis, sauf, presque placide et sans grande conviction, qu’on ne devait pas paniquer. A ce moment je compris que quelque chose de très grave se produisait et que ta vie ne tenait plus qu’à un fil. Tout s’assombrit. Je sortis pour rincer au jet d’eau chaude le fond de vomi du sceau de plastique bleu dans la douche d’été. Par amour, ta bile sombre ne me dégoutait pas. J’étais traversé de pensées sans logique mais conscient que l’instant prenait une tournure funeste. Sur le chemin du retour, dans le salon, je branchai mon téléphone portable à son chargeur et m’en voulus de constamment le laisser à l’abandon. Je me traitai de crétin, de petit con bourré de défauts. Maladroitement mes doigts pianotèrent le code pin et c’est à cet instant que la vie nous frappa. Sans doute paniqué, tu voulus crier. Le bruit rauque et animal que jamais je ne parviendrai à effacer de ma mémoire, d’une effroyable étrangeté, me fit me précipiter dans notre chambre. Je t’y vis tombé du lit à plat ventre. Je criai. J’appelai au secours de toutes mes forces. Ton corps était raide, ton ventre gonflé et tes yeux révulsés. Je te saisis brusquement, te hissai difficilement sur le matelas. Le temps s’allongea et sans rien exagérer, ces secondes de cauchemar devinrent de longues minutes. Aujourd’hui je n’ai plus de doute sur la nature du temps. Son écoulement n’est qu’une illusion, un mensonge. L’aiguille de l’horloge n’est qu’un repère mental. Seule importe l’intensité des moments, jamais leur durée.
Parcourue d’un vrai sang-froid, Anna joignit les urgences et nous dicta les instructions de secourisme, mais en vain je crois. Il n’y eut pas grand-chose à faire. Gagné par la démence, je répétais inlassablement et de la manière la plus caressante possible que je t’aimais. Tu ne pus articuler tes derniers mots et te vis probablement privé des moyens de me dire adieu. J’ai pratiqué ces massages cardiaques sans qu’ils ne m’aient jamais parus efficaces. Je dois te l’avouer mon amour : je me suis senti impuissant face à tout cela. Ta conscience s’était déjà échappée quand je me m’acharnais sur ton torse les mains croisées sous le regard prostré d’Andrea, l’ami courageux d’Anna venu nous prêter assistance. Vu de là où probablement tu te trouvais déjà, aux portes de l’éternité, mes gestes sans précision durent te paraître illusoires. Les secours arrivèrent trop tard. Je te laissai précipitamment dans le désordre et la confusion de notre chambre. L’espace d’une poignée de secondes je te regardai une dernière fois, vraiment pas dans le plus beau des états. J’avais tout perdu mais il fallait bien faire comme s’il n’y avait pas de temps à perdre. Je trébuchai. Je me sentis inutile, gauche et encombrant, puis la porte claqua violemment.
Dans les minutes de très mauvais augure qui suivirent, en bon despote qu’il est, le destin rebattit insensiblement les cartes. Témoins atterrés de l’inimaginable et groupés sur une chaise-longue, les clients américains nous observaient fixement depuis le fond du jardin. Je me souviens de l’électricité dans l’air, de ne pas avoir vraiment habité mon propre corps parfois, d’une pesanteur très particulière, de l’immobilité complice et insupportable des choses, des chiens égarés, au fond si humains, nos bestioles adorées qui promenaient leur vague à l’âme dans le froid aphone d’un mois de février qui engourdissait Puravida. Quand sorti de la chambre, le secouriste à la mine vaincue s’avança lentement vers moi pour poser sa main sur mon épaule, tu te logeas en moi. Depuis je vis avec cette chose que je ne sais expliquer : tu es là, comme dans la pièce d’à côté, amoureux fidèle et discret.
 
 
Se cerró la puerta con violencia
 
Nos habíamos levantado temprano y te había comentado de forma inopinada la muerte de Whitney Houston el día de antes. Se decía de esa belleza que había fallecido por sobredosis en la bañera de un hotel Hilton en Los Ángeles. La noticia me afectó. Sin embargo, nunca la había puesto por las nubes. No la escuchaba porque me parecía una pena cantar cosas tan sosas con semejante voz. Por la mañana habíamos hablado un rato con clientes americanos acompañados por su hija que vivía en España, muy buena gente de Carolina del Norte, si lo recuerdo bien. Habíamos estado muy a gusto chapurreando inglés sin cortarnos. Te quería mucho más de lo que te imaginabas cuando te ponías a charlar en inglés. Creo que no se podía hablar mejor que tú de los encantos de Cádiz con visitantes. Me tenías enamorado. Te admiraba.
Después del almuerzo con Anna y sus amigos italianos, sobre las cinco, tu corazón dejó de funcionar normalmente, pero todavía no se podía sospechar. Te acostaste un poco preocupado en la oscuridad templada de la habitación, debilitado por lo que tenía pinta de ser una digestión difícil. De pronto, el dolor se hizo más violento. Cuando te entraron ganas de vomitar me pediste un zumo de limón y lo hice sin tardar. Volví a tu lado para cuidarte, y de repente te vi sufrir atrozmente. Llamé al médico francés pero no nos dijo nada muy preciso, aparte de que teníamos que conservar la calma, con una voz plácida, sin mucha convicción. En ese momento, la idea de que algo muy grave estaba pasando y que tu vida pendía de un hilo se hizo evidente. Todo se ensombreció. Me fui a la ducha de verano a limpiar con agua caliente el cubo de plástico azul en él que vomitaste. Por amor, tu bilis oscura no me daba asco. Me asaltaban pensamientos desordenados pero estaba consciente de que la cosa se volvía muy funesta. Volví para dentro y en el comedor enchufé mi móvil al cargador. Me arrepentí de haberlo dejado sin batería como siempre. Me insulté a mí mismo, pensando que era un gilipollas, un verdadero imbécil con demasiados defectos, que no te merecía, y cuando mis dedos temblando entraron el código pin, la vida nos dio un golpazo. Entrando en pánico, quisiste gritar. El ruido ronco y animal que jamás podré borrar de mi memoria, ese ruido espantoso y singular, me hizo correr hacía la habitación. Te vi caído al suelo, al lado de la cama. Grité. Pedí socorro con todas mis fuerzas. Tu cuerpo estaba rígido, tu barriga hinchada, tus ojos en blanco. Te cogí bruscamente, te subí encima del colchón. El tiempo se alargó y no estoy exagerando nada diciéndote que esos segundos se volvieron minutos. Ahora lo sé. No tenemos ni idea de lo que es el tiempo. Su flujo solo es una ilusión, una mentira. La aguja del reloj solo un instrumento para mentalizarlo. Lo que realmente importa es la intensidad del momento, jamás su duración.
Conservando la calma, Anna se puso enseguida en contacto con las urgencias y nos dictó instrucciones de socorrismo, pero en vano, creo. No se pudo hacer mucho para salvarte. Volviéndome loco, nunca deje de decirte que te quería, y de la manera más suave que se podía. No conseguiste articular tus últimas palabras. A lo mejor intentaste decirme adiós, pero no pudiste. En ningún momento mis masajes cardiacos me parecieron eficaces. Te lo tengo que confesar mi amor: me sentí impotente ante todo eso. Me obstiné en reanimarte, evitando cruzarme con la mirada de agobio de Andrea, el amigo valiente de Anna, pero tu consciencia ya se había escapado. Desde donde te encontrabas, en las puertas de la eternidad, mis esfuerzos te habrán parecido ilusorios. Los socorristas llegaron tarde. Te dejé con precipitación en el caos de nuestra habitación desordenada. Pude mirarte por la última vez solo un par de segundos, en un estado realmente lamentable. Sabiendo que lo había perdido todo, tuve que fingir que no había tiempo que perder. Tropecé. Me sentí inútil, torpe y molesto, y de repente se cerró la puerta con violencia.
Durante los siguientes minutos de pésimo presagio, el destino, ese tirano insensible, se puso manos a la obra. Testigos desesperados de una cosa inimaginable, agrupados en una tumbona, los clientes americanos nos miraban fijamente desde el fondo del jardín. Recuerdo la electricidad en el aire, recuerdo haber dejado de habitar mi propio cuerpo a ratos, el peso indefinible de las cosas, la complicidad insoportable de lo que no se movía, los perros como heridos, nuestras queridas mascotas paseando su malestar en el frío afónico del mes de febrero aletargando Puravida. Cuando el socorrista salió de la habitación y se acercó con un aire de sentirlo mucho, cuando puso su mano sobre mi hombro, te introdujiste en mí. Desde ese momento vivo con una sensación que no puedo explicar: siempre estás aquí, a mi lado, amante fiel y discreto.