La première idée c'était une maison peinte à la chaux, la
petite Gaspar House de Campo Baeza dont tu rêvais avec moi. Une espèce de cube
blanc traversé de lumière, silencieux, posé l'air de rien sur un jardin de
cactus et de palmiers. Un jour je l'aurai cette maison avec mes meilleurs amis
comme voisins, je me dis. Chaque chose en son temps. Rien ne presse. Ensuite j'ai
changé mon fusil d'épaule. J'ai eu des vues sur un appartement assez grand pour
y tenir deux chambres d'hôtes. J'ai même fait des plans. Il y avait beaucoup de
travaux. Quelques mètres carrés sur les toits de l'opulente et suffocante
Séville, décor d'opéra qui a fait chavirer nos cœurs, ce décor où la vie continue
sans toi, Roméo. Ton père dont je suis un peu devenu le fils
m'a dit que c'était un taudis, une vraie merde, donc je n'ai pas insisté. Je
lui fais confiance. Finalement, après avoir laissé le temps me porter conseil,
l’investissement s’est fait dans un curieux volume aux allures de petite
galerie d'art avec un patio couvert, un truc monacal, vers l'Alameda. Je le peins
dans une teinte de sucre, rose blanchâtre rompu par deux gris, ardoise et Trianon.
Un truc français. Ce sera doux surtout, ça nuancera l'aspect industriel. Et
puis t'aimais bien les couleurs de gourmandises. J'y aurai un jardin d'hiver,
une mini jungle. On y fera des siestes. La nature est ce qui me rapproche de
toi. Jamais je n'aurais pensé avoir mon chez moi sans toi. Je te le dis
souvent.
Je nous voyais nous croire jeunes
toute la vie dans notre bel intérieur, optimistes et fidèles à la Vierge,
à nos idoles, investir dans des équipements de sport dont on n'aurait jamais
fait le moindre usage, dans une belle cuisine avec des casseroles rutilantes –ça
oui. Je nous voyais comme ça mon amour. J'imaginais deux petits croulants au
soleil, paresseux, amoureux platoniques avec de temps en temps un voyage au
Maroc, notre pays préféré. Je nous voyais vivre longtemps et vieux, mentir un
peu sur notre âge, rire de tout parce que toi et moi on riait beaucoup et que
l'amour, en fin de compte, se résume à rire ensemble, rire aussi du quotidien, des
manies, des rides, de l’arthrose et des varices, d’Alzheimer, des pilules, du
cancer, rire de ses genoux cagneux, de son cul fripé et son ventre mou, de ne
plus pouvoir bander, de l’incontinence. Rire de tout jusqu'à la mort. Rire de
la mort surtout, cette curiosité, ce poste-frontière que tu as franchi trop tôt.
Je nous voyais rejoindre l’au-delà main dans la main mon cœur. Comme toujours
j'avais tout imaginé, mais pas tout prévu.
Me fío de él
La primera idea fue una casa con fachadas encaladas.
La pequeña Casa Gaspar de Campo Baeza de la que estábamos soñando. Una especie
de cubo blanco inundado de luz y de silencio, ubicado con discreción en un
jardín de palmeras y cactáceas. Algún día la tendré, esa casa, construida al
lado de la de mis amigos, me imagino. Cada cosa a su tiempo. No hay prisa.
Luego cambié de idea. Me entraron ganas de comprar un piso con la suficiente
superficie para tener dos habitaciones de huéspedes. Llegué a diseñar el plan.
Había que reformarlo todo. Unos metros cuadrados con vista a la sofocante y opulenta
Sevilla, el decorado de ópera del que nos enamoramos, ese decorado donde hay
que seguir viviendo sin ti, Roméo. Tu padre que ahora me
considera como su hijo me dijo que era una mierda de piso, que no merecía la
pena, y no insistí. Me fío de él. Al final, después de haberle dado muchas
vueltas a la cosa, me compré un volumen extraño, algo parecido a una galería de arte con un
patio cubierto donde se podría vivir como un monje, cerca de la Alameda. Lo
estoy pintando de un color azucarado, blanco rosado roto por dos grises,
pizarra y Trianon. Al estilo francés. Quedará suave, matizará un poco el
aspecto industrial. Te gustaban los colores de dulces y golosinas. Tendré un
pequeño invernadero, una mini selva. Allí nos pegaremos unas siestas. Mirando
la naturaleza te siento a mi lado. Nunca pensé tener mi casa sin ti. Te lo digo
todo el tiempo.
Me veía envejecer contigo y creernos jóvenes para
siempre en un interior cuidado, optimistas y fieles a la Virgen, a nuestros
ídolos, seguir invirtiendo dinero en maquinas de gimnasio sin jamás usarlas, en
una cocina estupenda con cacerolas rutilantes –eso sí. Así nos veía mi amor. Me
imaginaba dos viejecitos quemados por el sol, flojos y perezosos, enamorados
platónicos, viajando a Marruecos de vez en cuando, nuestro país favorito.
Pensaba que íbamos a vivir juntos mucho más años, mintiendo sobre nuestra edad,
reírnos de todo porque tú y yo nos reíamos mucho y que el amor, al fin y al
cabo, consiste en reírse juntos, acabar riéndose de la cotidianidad, de la
manías, de las arrugas, de la artrosis y de las varices, de Alzheimer, de las
pastillas, del cáncer, riendo de sus rodillas torcidas, de su tripa y de su
culo blando, de no poder empalmarse, de la incontinencia. Reírse de todo hasta
la muerte. Reírse de la muerte sobretodo, esa curiosidad, esa zona fronteriza
que atravesaste demasiado pronto. Me veía hacer el último viaje contigo, corazón.
Como siempre lo tenía todo pensado, sin haber previsto todo.